Une expérimentation hydraulique en Basse Tarentaise

Afin d’étudier et améliorer la connaissance sur les effets des aménagements hydroélectriques sur la rivière Isère en Tarentaise, une expérimentation hydraulique de lâchers d’eau a été réalisée courant 2018 par EDF. Quels en sont les résultats ?

Expérimentation hydraulique au Pont St Thomas

Débit moyen au Pont St Thomas

Expérimentation et suivi

L’hydrologie et la morphologie naturelle de la rivière Isère en Tarentaise sont perturbées par de nombreux aménagements anthropiques (réseaux, infrastructures, zones d’habitats ou artisanales, …) et fortement influencées par les aménagements hydroélectriques du bassin versant. Dans ce contexte, le territoire réalise actuellement un suivi des effets d’une expérimentation hydraulique de lâchers d’eau avec de forts débits engagée par EDF sur l’Isère.

Les tronçons court-circuités par l’usage hydroélectricité et leurs conséquences ne se limitant pas au seul bassin versant de l’Isère en Tarentaise, l’APTV s’est associée avec les gestionnaires de l’Isère en combe de Savoie (Syndicat Mixte de l’Isère et de l’Arc) et EDF pour améliorer la connaissance de l’impact des modifications des débits sur la morphologie du cours de l’Isère. Les ouvrages hydroélectriques influençant les débits en combe de Savoie étant principalement situés en Tarentaise, un croisement des démarches est incontournable.

Une expérimentation grandeur nature de lâchers d’eau “morphogènes” a été réalisée par EDF en mai depuis les ouvrages d’Aigueblanche et de La Bâthie avec des débits avoisinant les 200 m3/s à Albertville.

Sur la Tarentaise aval, un suivi a été engagé par le service Eau et Rivières de l’APTV pour évaluer ses conséquences sédimentaires et environnementales sur la rivière. Il a consisté en :

  • la réalisation de photographies aériennes qui ont été analysées cartographiquement (évolution des dépôts de sédiments, végétalisation, …)
  • la réalisation de photographies sur site des atterrissements et bras secondaires (modification des habitats, modification des conditions de mise en eau des bras, …)
  • la réalisation de mesures des hauteurs de dépôts de matériaux fins sur des secteurs clés
  • etc.

Résultats

Les données collectées ont permis d’apporter les résultats suivants :

  • Les analyses des substrats (sables/graviers/galets) montrent une évolution positive avec une augmentation significative des surfaces en matériaux grossiers et une diminution des surfaces dont les sédiments sont majoritairement fins ou diversifiés.

Effets positifs de l’expérimentation sur les surfaces en limons (à gauche avant expérimentation et à droite après)

  • Le retour d’expérience a également montré des mobilités significatives sur de nombreux bancs de graviers/galets. A contrario, la mobilité des atterrissements avec des arbres et des arbustes a été quasi nulle mais des observations ponctuelles laissent présager un potentiel de mobilité.

Photographie aérienne d’une fusion de plusieurs bancs de galets/graviers (photo en fond avant l’expérimentation et tracés en rouge après)

  • Le suivi des bras secondaires a mis en exergue une dynamique sédimentaire importante avec la création de nouveaux chenaux, du transports de sédiments. Pour autant, la fermeture de bras secondaires (dus à des dépôts de graviers/galets) ne permet plus à la faune aquatique de survivre. Cet élément sera à intégrer dans d’éventuelles réflexions futures.

Photographies du comblement d’un bras (à gauche avant et à droite après l’expérimentation)

Globalement, ce retour d’expérience a apporté des éléments de compréhension sur le fonctionnement morphologique de l’Isère sur la Tarentaise aval lors d’événements hydrauliques importants telle l’expérimentation réalisée en mai 2018 par EDF. La dynamique sédimentaire observée lors de cette expérimentation, avec des effets « chasses » de matériaux fins et le dépassement des débits seuils de mobilité des matériaux grossiers, apporte des évolutions intéressantes de la morphologie de l’Isère. Cette expérimentation semble donc constituer une piste intéressante pour limiter l’amplification du phénomène de fermeture des lits (maintien des capacités hydraulique des cours d’eau, conservation d’une dynamique et d’une mobilité du lit de la rivière, rajeunissement de la végétation, formation d’annexe alluviale….) Les analyses mettent ainsi en exergue un potentiel d’évolution de la morphologie de l’Isère et de restauration de sa dynamique globale.